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Le brame du cerf élaphe sur la caméra de faune : lire places de brame, souilles et arbres frottés

Un cerf élaphe brame, tête rejetée en arrière, dans la brume d'une clairière forestière à l'aube

Il y a un moment, chaque automne, où la forêt cesse d'être discrète. Un cri rauque et profond monte à la tombée du jour, un autre lui répond plus loin, et pendant quelques semaines le plus imposant de nos cervidés « sème à tout va de nombreux indices de sa présence ». C'est le brame — à la fois la saison de reproduction du cerf élaphe et le cri guttural que pousse le mâle. Et pour qui sait lire le terrain, ce cri n'est que la partie audible d'un langage bien plus riche : des places tenues et défendues, des mares boueuses travaillées soir après soir, des troncs lacérés et parfumés le long des passages. Autant de signes que l'on peut apprendre à reconnaître de ses propres yeux — et que, de plus en plus, une caméra de faune posée au bon endroit vient documenter pour nous.

Ce guide s'adresse au naturaliste et au photographe qui veulent comprendre ce qu'ils entendent et voient, puis le retrouver sur le terrain : décoder le raire, distinguer une place de brame d'un simple passage, reconnaître une souille active, et surtout ne pas confondre un frottis de brame avec les traces bien différentes que le cerf laisse au moment de « faire ses bois ». Nous verrons aussi comment observer sans nuire, car cette période est d'une sensibilité extrême au dérangement.

Un mot d'emblée, parce qu'il commande tout le reste : le brame n'a pas de date universelle. Dans l'hémisphère Nord — France, Belgique, Suisse, Québec, l'essentiel de l'Afrique francophone — il court grossièrement de la mi-septembre à la mi-octobre. Mais l'espèce, introduite, prospère aussi dans l'hémisphère Sud, en Nouvelle-Zélande, en Argentine, en Australie, où le rut tombe de la fin mars à avril. Le phénomène « se déroule plus généralement dans les forêts tempérées en Europe, en Afrique du Nord, en Amérique du Nord ou en Asie ». Partout où vous lisez « septembre », comprenez donc « le début de l'automne local ».

Le brame n'est pas qu'un cri : c'est un langage complet, écrit dans la boue, sur l'écorce et sur les places que le cerf revient tenir chaque année.

Pourquoi le cerf brame : un cri qui ne ment pas

Commençons par le son, parce que c'est lui qui trahit tout le reste. Le raire est produit par une expiration rapide qui fait vibrer le larynx, un mécanisme dopé par la testostérone au moment du rut. Le rythme peut être stupéfiant : sur l'île écossaise de Rum, où le cerf est étudié en continu depuis les années 1970, des mâles ont été enregistrés à plus de huit raires par minute pendant plusieurs minutes, pour une moyenne d'environ deux par minute sur l'ensemble de la journée. Une joute vocale entre deux cerfs peut se prolonger plus d'une heure, la cadence montant à trois cris par minute ou davantage.

Longtemps, on a cru que ce vacarme servait simplement à effrayer les rivaux. La réalité est plus subtile, et plus belle. Bramer est une activité coûteuse, et le prix se lit sur la balance : un grand mâle tenant un harem s'alimente à peine — moins de 5 % de son temps, contre plus de la moitié le reste de l'année sur Rum — et peut perdre jusqu'à 20 % de sa masse corporelle pendant le brame. Les mâles dominants qui ne mangent quasiment plus, vivant sur leurs réserves de graisse, sont ceux qui maigrissent le plus, jusqu'à un cinquième voire un tiers de leur poids en une quinzaine intensive. Seul un animal réellement en forme peut rouler des cris graves, longs et fréquents pendant des jours à ce régime. Le raire est donc ce que les biologistes appellent un signal « honnête » — un indicateur de qualité que le cerf ne peut pas truquer, parce qu'il est sous contrôle physiologique. Un cri plus grave et plus fort signale un plus gros animal.

Deux découvertes précisent la mécanique. D'abord, quand des mâles écoutent des raires resynthétisés en laboratoire, ce n'est pas la hauteur du cri (sa fréquence fondamentale) qui les fait réagir, mais les formants — ces résonances qui dépendent de la longueur du conduit vocal, donc de la taille du corps. Autrement dit, le cerf entend dans le cri de l'autre non pas « aigu ou grave » mais « grand ou petit ». Ensuite, les biches ne sont pas de simples spectatrices : les femelles en œstrus préfèrent les raires simulant un mâle plus grand, première démonstration qu'un mammifère femelle choisit son partenaire sur un indice acoustique de taille. Et le simple fait d'entendre bramer a un effet physiologique mesurable : dès 1987, la biologiste Karen McComb a montré que le raire des mâles avance la date de l'œstrus chez les biches.

Tout cela éclaire une observation de terrain fondamentale : bien souvent, le cerf le plus imposant obtient le harem sans combattre. La menace vocale suffit. Sur Rum, les combats restent rares, mais leur coût est réel : chaque année, environ 23 % des mâles tenant un harem portent des marques de combat, et près de 6 % gardent une blessure définitive. Quand deux cerfs de gabarit équivalent refusent tous deux de céder, la joute passe à l'étape suivante — nous y venons.

Bramer est une dépense que seul un animal en forme peut soutenir. Le cri ne décrit pas le cerf : il le prouve.

La place de brame : un théâtre tenu chaque année

Le brame ne se déroule pas n'importe où. Les grands animaux se rassemblent « sur certaines zones identiques d'année en année : les places de brame », tenues par quelques grands mâles qui en défendent l'approche aux autres cerfs « coiffés », c'est-à-dire porteurs de bois. Ce sont typiquement des secteurs d'herbe nourrissante qui attirent les biches venues s'alimenter ; le mâle s'y installe non pour patrouiller un territoire abstrait, mais pour rester au contact d'un groupe de femelles. L'image du cerf qui « court la forêt » à la recherche de biches est en partie trompeuse : il se déplace surtout vers des femelles déjà rassemblées et les surveille, « tel un chien de berger », sur des parcours que les hardes empruntent de longue date.

Ce détail a une conséquence pratique majeure pour l'observateur. Comme les biches réutilisent les mêmes coulées, les mêmes zones de gagnage et de remise d'une génération à l'autre, les mâles qui les suivent reviennent sur les mêmes places — souvent, dit un naturaliste de terrain, aux lieux de leur « enfance ». Une place de brame repérée une année a de bonnes chances d'être encore active la suivante. C'est exactement ce qui rend une caméra fixe si efficace ici : posée sur une clairière connue, elle capte la saison entière sans qu'on ait à y retourner.

Le déroulement d'une confrontation suit un rituel gradué, et savoir le lire transforme une observation. Deux harems se rapprochent ; l'un des mâles brame, l'autre répond. Si aucun ne cède et que les voix sont de force égale, ils entament une marche parallèle : côte à côte, la démarche raide, ils remontent et descendent tendus, à quelques mètres l'un de l'autre — de trois à quinze mètres d'écart sur Rum — chacun jaugeant la taille et la force de l'autre. Le mâle s'arrête souvent pour labourer la végétation de ses bois et bramer de plus belle. Ce n'est qu'à l'échec de toute cette évaluation que les deux cerfs baissent la tête et engagent réellement les bois.

Deux nuances méritent d'être connues, parce qu'elles corrigent des idées reçues tenaces. La première : ce n'est pas toujours le mâle aux plus grands bois qui l'emporte. Au Parc National Suisse, on observe que « les vainqueurs sont souvent les animaux qui jouissent de la meilleure condition physique, mais pas forcément les mâles avec les plus grands bois » — d'autant qu'un cerf peut perdre un andouiller dans la bataille et se retrouver désavantagé. La seconde : le harem n'est pas un bloc figé. Sa taille varie énormément, de deux ou trois biches à parfois soixante-dix, et les jeunes mâles rôdant en périphérie tentent de « voler » des saillies quand le maître du harem est occupé à combattre ou épuisé. Le brame est un système, pas un duel.

Ce système évolue au fil des semaines, et c'est peut-être le point le moins connu. Le suivi par GPS de cerfs en Europe centrale montre que, tant que beaucoup de biches sont fécondables en même temps, le mâle dépense son énergie à rassembler et garder son harem ; puis, à mesure que le nombre de femelles réceptives diminue, il se met à parcourir plus largement pour en trouver d'autres. La place de brame tenue n'est donc qu'une phase : au début du rut, le cerf est un gardien ; à la fin, un chercheur. Dans cette même population, 60 % des biches ont conçu entre le 31 août et le 19 septembre — un rappel, encore, que le calendrier est une fourchette, pas une date.

Une place de brame se lit comme une adresse : le cerf y revient parce que les biches y reviennent, année après année.

La souille : lire une mare de boue

Un cerf élaphe mène son harem de biches sur un terrain découvert dans la brume matinale, sur une place de brame

S'il fallait désigner l'indice le plus spectaculaire du brame, ce serait la souille. Le mécanisme, décrit finement dans la littérature naturaliste, mérite qu'on s'y arrête, car il explique tout ce qu'on voit ensuite sur le terrain. Une souille appréciée est d'abord grattée du sabot puis aspergée d'urine, avant même que le cerf ne s'y couche. Ces mares font généralement deux à trois mètres de diamètre et dégagent une forte odeur musquée. Le cerf y étale une boue lourdement parfumée sur tout son corps : on pense que cela répand son odeur et, la boue sombre le rendant plus impressionnant, l'aide à en imposer à ses rivaux. Sur une caméra, on reconnaît d'ailleurs souvent le mâle en rut à sa robe noircie — « les cerfs paraissent très sombres à force de se vautrer dans leur propre urine ».

Un compte rendu de terrain dans les Pyrénées donne à cette description toute sa chair. Un soir de brame, un grand cerf sort du sous-bois, gagne la souille, prend son bain de boue, puis se met à poursuivre les biches « le cou horizontal et le museau tendu en avant, tout en passant la langue sur son museau » — le flehmen, cette grimace qui l'aide à goûter les effluves des femelles. Peu après, une vieille biche vient « brièvement se rouler à son tour dans la souille et dans ce qu'il a dû y laisser » : la souille n'est pas une affaire de mâles seulement. Et avant de disparaître dans la nuit, le cerf « laboure les buissons », projetant « à plusieurs mètres de hauteur d'énormes touffes de végétation avec son trophée ». Voilà la scène qu'une caméra bien placée sur une mare forestière peut vous rapporter — c'est très exactement ce qu'a filmé un piège photographique dans la vallée de la Tinée, au cœur du Parc national du Mercantour, montrant « plusieurs cerfs [qui] se vautrent dans une mare forestière » pendant le rut.

Attention, toutefois, à ne pas surinterpréter. Une souille, à elle seule, n'est pas une preuve de brame. Les cerfs se vautrent aussi en dehors du rut, et ce comportement coïncide notamment avec la mue, la boue aidant à décoller les poils morts, à se rafraîchir et à se soulager des insectes piqueurs en été. Ces mares boueuses sont « fréquentées toute l'année », même si elles sont « particulièrement utilisées par les cerfs durant la période du rut ». Pour trancher, cherchez le faisceau d'indices : traces de sabots fraîches dans la boue, odeur musquée marquée, et surtout les signes associés que sont les arbres frottés voisins et les grattis du sol.

Car la souille s'inscrit dans un ensemble. Le cerf marque en réalité de trois façons complémentaires : il frotte ses bois sur de jeunes arbres, il gratte le sol du sabot — souvent en y déposant crottes et urine — et il se vautre dans la boue. Ces trois gestes disent la même chose de trois manières, et un mâle qui croise une souille fortement odorante peut d'ailleurs décider de contourner la zone si l'odeur trahit un rival plus imposant — l'évitement sans combat, encore une fois.

La boue noircit le cerf, épaissit son odeur et raconte son passage. Mais une souille se lit avec ses voisines : un arbre frotté, un sol gratté, des sabots frais.

Les arbres frottés : le piège à ne pas confondre

Un cerf élaphe couvert de boue brame au-dessus d'une souille dans une forêt embrumée

Voici le point où beaucoup d'observateurs se trompent, et où un peu de méthode fait toute la différence. Le cerf frotte ses bois contre les troncs à deux moments distincts de l'année, pour deux raisons opposées — et les indices se ressemblent assez pour induire en erreur.

Le premier frottis n'a rien à voir avec le rut. En fin de repousse des bois, encore recouverts de velours (cette peau vascularisée qui les nourrit pendant leur croissance), le cerf hâte la chute des velours en frottant énergiquement ses bois, le plus souvent sur de petits baliveaux, rarement sur de très gros arbres. C'est la frayure. L'agence française chargée de la biodiversité distingue d'ailleurs nettement, dans sa fiche de l'espèce, ces trois usages du frottement : le frottis de marquage territorial sur de jeunes plants « à la période du rut », la frayure pour « se débarrasser des velours en fin de pousse des bois », et les écorçages d'hiver ou d'été, qui relèvent surtout de l'alimentation. Trois gestes, trois calendriers.

Le frottis de brame, lui, est un marquage. À cette période, « le mâle frotte ses bois et urine contre les troncs, ce qui est une trace ostensible de sa présence sur un site ». Et il sert peut-être moins à baliser un territoire qu'à marquer son harpail — son groupe de biches — sur les lieux qu'il fréquente. Ces arbres écorcés jalonnent les coulées, les zones de gagnage et de remise empruntées par les hardes ; sur une pente bien exposée où les biches s'attardent, on en compte davantage — trois sur cinquante mètres, note un naturaliste.

Comment reconnaître un frottis de brame ? Les signes sont typés. Cherchez un tronc — souvent un jeune pin — dont l'écorce est arrachée par les andouillers, avec des touffes de poils accrochées et parfois un ou deux poils emprisonnés dans la résine. Un examen attentif permet d'écarter les arbres simplement attaqués par des larves xylophages ou visités par les pics. Et si vous trouvez « un arbre largement frotté avec quelques poils coincés dans l'écorce et le sol gratté juste devant », vous êtes probablement devant une place de brame active : reculez doucement, vous êtes sur une scène sensible.

Un dernier détail, qui a de quoi émerveiller. Un même arbre peut servir de frottoir pendant une décennie ou davantage. Un naturaliste raconte être passé des années durant à côté du même pin maritime « maltraité » par les cerfs, année après année, la résine fraîche (jaune) se distinguant de l'ancienne (rouge) — sans que ce soit forcément le même individu : au fil des ans, les cerfs se succèdent et réutilisent le même frottoir, en suivant des biches qui empruntent, elles, les mêmes coulées depuis des générations. Un vieux frottoir n'est pas la trace d'un cerf : c'est la trace d'une tradition.

Un cerf élaphe frotte et malmène ses bois contre un jeune pin, écorce arrachée, lors du brame

Ne pas confondre les espèces : ce que le brame n'est pas

Le cerf élaphe n'est pas le seul cervidé à faire du bruit et à marquer l'automne, et pour un observateur — surtout dans un contexte francophone qui s'étend de l'Europe au Québec — il vaut la peine de savoir ce qu'on n'entend et ne voit pas.

Le chevreuil, d'abord, que le grand public confond souvent avec un « jeune cerf » alors qu'il appartient à un genre différent. Son rut ne tombe pas du tout à la même saison : il a lieu en juillet et en août, quand les brocards sont territoriaux. Un frottis de chevreuil au cœur de l'été n'a donc rien à voir avec le brame.

De l'autre côté de l'Atlantique, deux voisins prêtent aussi à confusion. Le cerf de Virginie, au Québec, rut « principalement en novembre et en décembre », suivant la longueur du jour — bien après le cerf élaphe. Et surtout, il marque autrement : le mâle réalise un site de grattage en léchant une branche au-dessus, en y frottant les glandes de sa tête, puis en grattant le sol et en urinant sur ses glandes tarsales pour y déposer une odeur puissante. Ce « grattage » (ou frayoir) au sol est une signature bien distincte des frottis et souilles du cerf élaphe. Quant au wapiti, ce grand cousin nord-américain, il ne brame pas : il émet un « rugissement sifflant » très aigu, le bugle, et rassemble des harems bien plus vastes — une vingtaine à une trentaine de femelles. Sa souille suit pourtant la même logique que celle du cerf élaphe : il urine sur le sol et se roule dans la terre imbibée pour s'imprégner d'odeur. (Ces deux dernières comparaisons ne servent qu'au contraste et ne portent aucune recommandation.)

Enfin, un rappel utile pour l'identification à l'oreille et à l'image : le brame du cerf élaphe existe sous des formes proches chez d'autres populations de l'espèce. Au Cachemire, le hangul — une sous-espèce menacée — rut de la fin septembre à la première semaine de novembre, avec un pic du 9 au 20 octobre, et se signale lui aussi par « des raires résonnants et réverbérants ». Même espèce, même langage, autre bout du monde.

Un frottis en juillet, c'est le chevreuil ; un grattage au sol en novembre au Québec, c'est le cerf de Virginie. Datez l'indice avant de nommer l'animal.

Le calendrier, sans le figer

Deux cerfs élaphes en marche parallèle, bois lourds et encolure hérissée, s'évaluant avant un possible combat

Puisque tout repose sur le moment, autant être précis — et honnête sur la variabilité. Dans l'hémisphère Nord, la fiche de l'OFB situe le rut « début septembre / mi-octobre », et les observateurs de terrain, de la Belgique aux Cévennes, s'accordent sur une fenêtre allant de la mi-septembre à la mi-octobre. En montagne, le brame « atteint son paroxysme durant la première quinzaine d'octobre ». Sur Rum, un naturaliste résume : « si je devais choisir une date pour observer le rut, ce serait autour du 10 octobre ».

Mais cette fourchette respire au gré de l'environnement, et il faut se garder d'en faire une horloge. Sur vingt-cinq ans de données en Espagne, les saisons plus sèches et plus pauvres ont retardé le rut et affaibli son intensité. La météo module aussi l'activité au jour le jour : une bonne gelée précipite les raires, tandis qu'un temps très humide les étouffe. Et les cerfs ne sont pas parfaitement synchrones entre eux — on peut exceptionnellement entendre bramer plus tard si des femelles n'ont pas été fécondées.

Dans l'hémisphère Sud, tout est décalé de six mois : en Nouvelle-Zélande, le rut court de la fin mars à avril, l'essentiel des conceptions ayant lieu début à mi-avril. Le cycle des bois y est lui-même en miroir — la repousse démarre entre début septembre et décembre, et les velours sont nettoyés entre la mi-janvier et la mi-mars, soit l'exact opposé du calendrier européen (chute des bois en février dans l'hémisphère Nord). Pour situer un frottis ou un raire, prenez donc toujours pour repère l'automne local, pas le mois du calendrier.

Quant à l'heure, elle est plus stable que la date : l'intensité du brame « est souvent à son apogée à l'aube ou au crépuscule », et l'activité de rut culmine dans les trois heures qui suivent l'aube et précèdent le coucher du soleil. On l'entend surtout la nuit, à l'aube et au crépuscule, mais aussi en pleine journée là où les cerfs sont nombreux.

Une caméra de faune sanglée à un tronc, objectif dirigé vers une place de brame dégagée en forêt

Observer sans nuire — et laisser la caméra veiller

Il faut le dire nettement, parce que c'est le cœur de l'éthique de cette période : le brame est d'une fragilité extrême face au dérangement. L'agence forestière française le formule sans détour — « il faut plusieurs heures pour que le cérémonial s'installe alors qu'une simple présence humaine et un effluve suffisent pour le rompre ». L'afflux de curieux sur les sites connus a des effets mesurables : déplacements inhabituels des cerfs, disparition du brame en journée. Plus grave, la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes rapporte que l'importance des dérangements humains a localement conduit au décantonnement des animaux au profit de zones de brame de substitution, plus tranquilles mais de moindre qualité. Déranger un brame, ce n'est pas seulement rater sa photo : c'est parfois pousser les cerfs vers de moins bons habitats.

Les règles de conduite, sur lesquelles agences et parcs convergent, tiennent en quelques principes de bon sens :

C'est précisément là qu'une caméra de faune trouve tout son sens, et qu'elle rejoint l'éthique plutôt que de la contredire. Posée sur une souille, un frottoir en service ou une clairière tenue, elle travaille sans votre présence : pas d'effluve humain, pas de silhouette, pas de rupture du cérémonial. Un parc national ne procède pas autrement pour documenter les cerfs à la souille. Comme les places, les souilles et les frottoirs sont réutilisés d'une année sur l'autre, une caméra fixe laissée en place captera la montée du rut, le va-et-vient des biches et, avec un peu de chance, la scène complète du grand cerf au bain de boue — le tout pendant que vous restez, vous, à distance respectueuse.

Reste la contrepartie de toute pose sur un site fréquenté : le volume. Une souille ou une place active, filmées sur plusieurs semaines aux heures les plus animées, remplissent vite une carte mémoire de milliers d'images, dont beaucoup sans le cerf attendu — une biche de passage, une branche dans le vent, un renard nocturne. C'est le moment où un tri automatique change la donne, non pour remplacer votre œil sur les cas délicats — un bois entrevu, un poil dans la résine — mais pour faire disparaître le bruit.

Questions fréquentes

À quelle période a lieu le brame du cerf élaphe ?

Dans l'hémisphère Nord (France, Belgique, Suisse, Québec…), grossièrement de la mi-septembre à la mi-octobre, avec un pic souvent au début octobre — plus tard en montagne, où le paroxysme tombe dans la première quinzaine d'octobre. Dans l'hémisphère Sud, le rut a lieu de la fin mars à avril. Le calendrier exact varie selon la météo et les conditions de l'année.

Pourquoi le cerf brame-t-il ?

Pour deux raisons à la fois : attirer les biches et dissuader les rivaux. Le raire est un signal « honnête » — bramer coûte tellement d'énergie que seul un mâle en bonne condition peut le soutenir, si bien que le cri renseigne fidèlement sur sa taille et sa forme. Les biches en chaleur préfèrent d'ailleurs les cris de plus gros mâles.

Comment reconnaître une place de brame sur le terrain ?

Cherchez un faisceau d'indices sur une même zone : traces de sabots nombreuses, arbres frottés fraîchement écorcés avec des poils pris dans l'écorce, sol gratté, souille boueuse à forte odeur musquée. Un arbre largement frotté, des poils coincés et le sol gratté juste devant signalent une place probablement active — reculez alors doucement.

Comment différencier un frottis de brame d'un frottis de velours ?

Par la saison et le support. Le frottis de brame est un marquage d'automne, souvent sur des troncs jalonnant les coulées, accompagné d'urine et d'une forte odeur. La frayure, elle, sert à ôter les velours en fin de croissance des bois et se fait plutôt sur de jeunes baliveaux. Une caméra qui date chaque cliché aide à trancher.

Une souille signifie-t-elle forcément que le brame a commencé ?

Non. Le cerf se vautre dans la boue toute l'année — pour se rafraîchir, se débarrasser des poils morts à la mue et des parasites — même si les souilles sont particulièrement utilisées pendant le rut. Fiez-vous aux indices associés (frottis récents, grattis, odeur, robe noircie) plutôt qu'à la souille seule.

Peut-on observer le brame sans déranger les animaux ?

Oui, à condition de rester à distance et sur les chemins, de se placer sous le vent, d'éviter odeurs et bruits, et de renoncer à l'approche — le dérangement peut faire cesser le brame, voire déplacer les cerfs vers de moins bons secteurs. Une caméra de faune posée sur une souille ou une place tenue documente la scène sans présence humaine, ce qui en fait l'outil le plus respectueux.