Vous relevez la carte de la caméra et il est là : un mustélidé élancé, corps long, pattes courtes, qui traverse le cadre à bonds souples en pleine nuit. Une tache claire à la gorge, une longue queue touffue. Martre ou fouine ? La question paraît anodine jusqu'à ce que vous essayiez d'y répondre — et là, vous comprenez pourquoi ces deux cousines ont trompé jusqu'aux spécialistes. Linné, en 1758, ne les a pas séparées ; il a fallu attendre le naturaliste allemand Erxleben, en 1777, pour qu'elles deviennent deux espèces distinctes. Elles se ressemblent tant que, pour les recenser là où elles cohabitent, les généticiens en sont réduits à lire l'ADN de leurs crottes, « parce que leurs fèces ne peuvent pas être distingués sur la seule base de la morphologie ».
La bonne nouvelle, c'est qu'on les sépare quand même, et le plus souvent avec ce que la caméra vous montre. Le caractère le plus cité, c'est la bavette — cette tache claire de la gorge et du poitrail : crème, jaunâtre ou orangée, arrondie, et qui ne descend pas sur les pattes chez la martre (Martes martes) ; blanc pur, souvent fourchue et se prolongeant sur les membres antérieurs chez la fouine (Martes foina). Mais la bavette seule ne suffit jamais : la nuit, l'infrarouge efface la couleur, et même de jour la saleté brouille les teintes. Il faut la lire avec la truffe, la silhouette, l'endroit où la photo a été prise et, quand la vidéo le permet, la façon de se déplacer. Ce guide s'adresse à qui pose des caméras sur le terrain — chasseurs, gestionnaires, naturalistes, photographes — et veut noter la bonne espèce, pas une supposition.
Pendant des siècles, on n'a pas su séparer la martre de la fouine. Sur la caméra, on ne les sépare pas non plus d'un seul indice : on additionne.
Pourquoi la confusion, et pourquoi bien identifier compte
Commençons par l'honnêteté : elles sont vraiment difficiles à séparer, et ce n'est pas votre faute. Les deux atlas de terrain qui servent de référence en France les décrivent d'emblée comme « physiquement très proches », partageant « un corps longiligne, une queue longue et touffue, des oreilles arrondies et des pattes à cinq doigts ». Elles se ressemblent tellement que les naturalistes ont fini par les surnommer des « espèces jumelles ». Et la ressemblance ne s'arrête pas à la silhouette : elle descend jusqu'à l'os. Sur le terrain, les guides mesurent le baculum — l'os pénien — pour trancher les cas douteux, celui de la fouine dépassant 60 mm quand celui de la martre reste sous les 46 mm, et scrutent la troisième prémolaire, concave chez la martre, convexe chez la fouine.
À quel point la confusion est réelle, une étude italienne le montre crûment. Des chercheurs ont diagnostiqué 24 individus « à l'œil », sur la robe, les marques et le baculum, puis vérifié chaque attribution par la génétique. Résultat : les dix martres annoncées étaient bien des martres — mais sur les quatorze fouines, deux étaient génétiquement des martres. Autrement dit, même des spécialistes armés du crâne et de l'os se sont trompés une fois sur sept. C'est le rappel le plus utile qui soit avant de coller une étiquette définitive sur une photo : le doute honnête vaut mieux que la fausse certitude.
Et quand la morphologie ne suffit plus, il reste le laboratoire. Une équipe a mis au point une méthode génétique non invasive — une PCR-RFLP sur l'ADN mitochondrial extrait des crottes — précisément parce que ces dernières « ne peuvent pas être distinguées sur la seule base de la morphologie ». Appliquée à 359 crottes récoltées dans le nord de la péninsule Ibérique, là où les deux espèces se côtoient, elle a permis d'attribuer l'espèce sans ambiguïté dans 88 % des cas — 235 martres et 80 fouines. Retenez le chiffre à l'envers : même au laboratoire, une crotte sur huit reste indéterminée.
Pourquoi se donner cette peine ? Parce qu'une identification fausse contamine la moindre donnée que vous voudrez tirer de vos caméras. Si vous suivez les mésoprédateurs sur votre territoire ou votre propriété, ranger une fouine dans la case « martre » (ou l'inverse) fausse la carte de qui vit où. Les deux espèces sont d'ailleurs simpatriques sur une large partie de l'Europe. Là où elles se partagent le même bois, elles se répartissent surtout par le milieu : la martre s'enfonce dans la forêt, la fouine rôde autour du bâti — et c'est précisément cette différence de niche « qui diminue la compétition entre les deux espèces de morphologie semblable ».
Même armés du crâne et de l'os, des spécialistes se sont trompés une fois sur sept ; sur une photo, le doute honnête vaut toujours mieux que la fausse certitude.
La bavette : la première pièce, et ses pièges
Allez à la gorge. La bavette — cette tache claire de la gorge et du poitrail — est de loin le caractère le plus cité pour séparer les deux espèces, et sur une bonne image elle résout la majorité des cas. La règle, répétée par les fiches françaises, belges et suisses, tient en deux lignes.
- Martre : bavette crème, jaunâtre ou orangée, arrondie sur la gorge, « descendant peu ou pas sur les pattes antérieures », et « en général d'un seul tenant ».
- Fouine : bavette blanche, « souvent bifide », qui « se prolonge jusqu'aux pattes antérieures ».
Notre Nature le résume d'une formule facile à retenir devant l'écran : la bavette de la martre « se termine par une seule pointe (celle de la fouine se divise en deux) ». Info fauna, côté suisse, insiste sur la couleur : chez la fouine elle est « toujours blanche », chez la martre « souvent jaunâtre ». Là où la martre pose une tache orangée bien nette qui s'arrête au poitrail, la fouine déploie un plastron blanc qui fourche vers le bas et coule sur le devant des pattes.
Maintenant les pièges, car ils sont réels et plus d'un relevé s'est perdu à les ignorer. Le premier, le plus traître sur la caméra : la couleur ne tient pas la nuit. L'étude de terrain la plus directe sur la question — deux espèces départagées au piège photographique — a constaté que les photos nocturnes « montraient les différences de proportions corporelles, mais pas celles de la couleur de la bavette ». Sous l'infrarouge, en niveaux de gris, le blanc et le crème se ressemblent trop. Le deuxième piège : même de jour, la teinte varie et se salit. La bavette de la martre change avec la saison — le pelage passe du « brun chocolat à noir en hiver » au « marron roux en été » —, et une bavette maculée de boue peut virer au crème.
Le troisième piège est le plus sournois, et les comparateurs de terrain le signalent noir sur blanc : le motif lui-même peut tromper. Le Groupe Mammalogique Breton prévient que « la fouine présente parfois une légère tache de coloration jaune-orangée au milieu de sa bavette blanche » et que « la martre peut présenter des taches sur le haut des pattes avant » — soit exactement les deux indices qu'on croyait diagnostiques, pris en défaut. C'est pourquoi l'atlas d'Aquitaine classe la couleur du plastron comme un critère seulement « moyen » : « variable en forme » dans les deux espèces, fiable en tendance, pas en certitude. Traduit pour la caméra : la bavette oriente, elle ne tranche pas. Regardez-la, mais ne fermez pas le dossier avec elle seule.
La nuit, l'infrarouge mange la couleur de la bavette. Ce qu'il ne mange pas, c'est sa forme : si la tache fourche vers les pattes, c'est une fouine.
La truffe, les oreilles et la silhouette

Quand la bavette laisse un doute — une photo de trois quarts, un animal à contre-jour —, remontez à la tête. Les différences y sont subtiles mais utiles, surtout avec un bon profil.
Le repère le plus simple, c'est la truffe. Chez la martre elle est brune, voire noire ; chez la fouine, rose. Waldwissen le pose sans détour : « la martre a une truffe brun foncé, tandis que celle de la fouine est pâle et rose ». Sur un gros plan nocturne net, ce petit contraste passe parfois mieux que la couleur d'une bavette lavée par l'infrarouge.
Les oreilles ajoutent leur mot. Celles de la martre sont « plus grandes », « de forme triangulaire saillantes », avec un liseré clair « bien marqué » ; celles de la fouine sont « plus petites », au liseré « moins marqué », et « plus espacées sur la tête ». La martre, en somme, a l'oreille haute et ourlée de clair ; la fouine, l'oreille courte et discrète.
Le pelage enfin, et c'est le meilleur caractère de tous selon les naturalistes de terrain — à condition de bien voir la fourrure. L'atlas d'Aquitaine range le « poil de bourre » (le duvet court sous les poils de garde) parmi les critères « excellents » : chez la fouine, ce duvet est clair et transparaît nettement sous les longs poils foncés, donnant à la robe un aspect « gris-brun » d'ensemble pâle ; chez la martre, le contraste est absent et la robe paraît d'un brun chocolat uniforme et dense. Natagora le confirme du côté belge : « pelage brun-chocolat avec poils de bourre clairs (bon critère de distinction par rapport à la martre) » pour la fouine. Si vous distinguez un duvet clair qui « perce » sous la fourrure, vous tenez une fouine ; une robe brune homogène, sans cette bourre claire, penche vers la martre.
Un dernier détail de gabarit, pour les vidéos où l'animal se tient droit : « la martre est un peu plus haute sur pattes ». La fouine paraît « légèrement plus basse sur pattes et d'apparence plus trapue », et « plus svelte » avec « un museau plus massif et une queue moins fournie ». Ce sont des nuances de port, pas des preuves — mais additionnées au reste, elles pèsent.

L'habitat : où la photo a été prise en dit long
Voici, pour beaucoup de cas, l'indice le plus puissant de tous, et il est gratuit : où vous avez posé la caméra. Les deux espèces occupent des mondes différents, et c'est précisément ce qui les sépare le mieux sur le terrain.
La martre est la spécialiste du bois. Elle est « moins inféodée aux roches et aux habitations humaines que ne l'est la fouine », habite « les vieilles futaies », grimpe parfaitement — au point d'être « quasiment considérée comme arboricole » — mais « se déplace principalement à terre ». Elle est « beaucoup plus discrète et timide que [la fouine] et s'approche peu des habitations ». Elle loge en hauteur : arbres creux, « nids abandonnés (notamment de pics noirs ou d'écureuils) », nichoirs à chouettes. Chasse Fribourgeoise la qualifie carrément d'« hémérophobe » : elle « habite les forêts et évite les lieux habités ». Elle vit sur de vastes domaines et en faible densité — « quelques km², allant dans des cas extrêmes jusqu'à 30 km² », pour « 0,1 à 0,8 individu par km² dans le Jura suisse ».
La fouine, à l'inverse, est la généraliste par excellence, et la compagnie humaine ne la dérange guère. Natagora la dit « anthropophile » : elle « fréquente avant tout les zones urbanisées, jusqu'à l'intérieur des villes », connue pour « ses courses effrénées dans les greniers ». C'est « par excellence le carnivore des villages ». Elle s'abrite dans « les tas de paille, vieux murs, ronciers, blocs rocheux, falaises, tas de bois, sous-toiture des greniers, dépendances tranquilles ». Info fauna décrit une « grimpeuse agile qui peut même escalader des murs verticaux » et se glisse dans un bâtiment « par des espaces étroits de 5 cm ». Et puis il y a sa signature la plus célèbre, apparue « depuis la fin des années 1970 » : la fouine « de voiture », qui « mord les pièces en plastique ou en caoutchouc des voitures » et « contrôle » régulièrement les véhicules fraîchement garés parce qu'ils portent des marques olfactives étrangères — un pur comportement territorial. Sa « relative thermophilie expliquerait qu'elle aime s'installer dans le compartiment 'moteur' des véhicules ».
Mais — et ce « mais » est important — ne transformez pas l'habitat en preuve. La recherche récente nuance la vieille règle « forêt = martre, maison = fouine ». Waldwissen le dit clairement : « des études récentes suggèrent que la martre est aussi bien moins farouche du bâti et bien moins cantonnée aux forêts qu'on ne le pensait. Elle a ainsi été détectée dans des forêts fragmentées comme dans des jardins proches de la forêt. » Et la conclusion vaut d'être affichée en toutes lettres : « toute martre que vous voyez au bord d'une route ou dans un village en lisière de forêt n'est pas forcément une fouine ». La règle de terrain reste solide — caméra dans un grenier, une grange ou un roquedo près d'un village : la probabilité penche vers la fouine ; caméra au cœur d'une vieille hêtraie, loin de tout : vers la martre. Mais c'est une probabilité, pas un verdict, et là où les deux se côtoient, le lieu oriente sans clore le cas.
La forêt penche pour la martre, le grenier pour la fouine — mais toute martre au bord d'une route n'est pas une fouine : l'habitat oriente, il ne tranche pas.
Les empreintes et les crottes : la preuve du sol
La caméra vous donne l'image ; la boue et la neige autour vous donnent la preuve physique. Et chez ce couple, la première chose que dit une empreinte, c'est qu'elle n'appartient pas à un canidé.
Comptez les doigts. « Les chiens et les renards ont quatre doigts, mais les mustélidés — blaireau, hermine, loutre, vison et martre — en ont tous les cinq ». Voilà le premier embranchement, et le plus utile : cinq doigts éliminent d'emblée le renard ou le chien. Ensuite, à l'intérieur des mustélidés, un détail sépare nos deux martres — et il tient à un caractère qu'on ne devinerait jamais sur une photo : la plante des pieds. Chez la martre, elle est couverte de poils (« pilosité interdigitale recouvrant les pelotes »), ce qui lui offre un excellent isolant dans la neige. Chez la fouine, « les callosités plantaires sont très apparentes car la plante des pieds est pratiquement glabre ». Conséquence sur le sol : la trace de la martre sort estompée, ses poils « effacent les contours », tandis que celle de la fouine ressort plus nette, les ongles bien marqués.
Une mise en garde, cependant, la même que pour n'importe quel indice : l'atlas d'Aquitaine classe l'empreinte parmi les critères « peu fiables » et prévient en capitales que « les empreintes de ces deux espèces sont très similaires ». Utile pour écarter un canidé, l'empreinte l'est beaucoup moins pour trancher martre contre fouine. Pour l'ordre de grandeur, le Vincent Wildlife Trust donne, pour la martre, une empreinte de 4 × 4,5 cm chez la femelle à 5,5 × 6,5 cm chez le mâle, et une enjambée de 50 à 80 cm — ces relevés sont à chercher « dans la neige et dans la boue fraîche après la pluie ».
Les crottes, enfin, sont un indice à la fois riche et piégeux. Celle de la martre est « sombre et enroulée » — l'animal a « la curieuse habitude de tortiller les hanches en déféquant, ce qui produit cette forme caractéristique » —, longue de 4 à 12 cm, et son odeur est « musquée et sucrée, pas désagréable », comparée à « des violettes, du foin humide, ou, bizarrement, des bonbons à la violette » — bien différente de la crotte de renard, « âcre et plus grosse ». Détail parlant pour la caméra : la martre « aime déféquer sur un sol dégagé », « le long des layons forestiers », pour rendre ses crottes visibles à ses congénères — d'où l'intérêt de viser ces passages. On tombe parfois sur des crottes « bleues ou rouges » : la marque d'une martre qui s'est gavée de myrtilles ou de baies de sorbier. Mais attention à la limite : sans test ADN, une crotte de martre « peut ressembler à s'y méprendre à une crotte de renard » — et entre martre et fouine, on l'a vu, la morphologie des fèces ne tranche pas du tout.

Ne pas confondre avec les autres mustélidés
Tout ce qui traverse la caméra de nuit, corps long et pattes courtes, n'est pas forcément une martre ou une fouine. Trois autres mustélidés partagent ces bois et ces lisières, et il vaut mieux les avoir en tête pour ne pas se tromper de famille entière.
Le plus grand des trois, le putois (Mustela putorius), est aussi le plus facile à écarter, car il porte un masque au lieu d'une bavette. Chasse Fribourgeoise le résume : le putois « ne porte pas de bavette, mais un masque clair-foncé très visible sur le museau », il est « nettement plus petit que la martre et la fouine » et sa « queue [est] plus courte et moins touffue ». NatureSpy décrit le même « masque de bandit » sur la face, sur un corps de 45 à 65 cm à la fourrure brun foncé laissant transparaître un duvet clair sur les flancs. Un mustélidé masqué qui ne grimpe guère et rôde en lisière humide, ce n'est ni une martre ni une fouine.
Les deux plus petits, l'hermine (Mustela erminea) et la belette (Mustela nivalis), jouent dans une autre catégorie de taille — la belette est « le plus petit carnivore au monde ». Le Vincent Wildlife Trust donne le critère qui les sépare l'une de l'autre, précieux sur une image : l'hermine porte une queue à bout noir bien net, « toujours présent, même dans le pelage blanc d'hiver », là où la belette a une queue courte, entièrement fauve, « sans bout noir ». Leur démarche diffère aussi : l'hermine se déplace « d'un bond caractéristique dos arqué », la belette d'une allure « plus rapide, plus rase, moins bondissante ». Les deux sont si petites qu'un doute avec une martre ou une fouine adulte ne tient qu'à un cadrage trompeur, sans repère d'échelle.
Reste enfin, pour qui pose des caméras près de l'eau, le vison — d'Amérique le plus souvent en Europe — « uniformément sombre », de la taille d'un putois « mais sans sa fourrure faciale blanche », et qui « longe les berges des rivières et des ruisseaux ». La martre, elle, garde sa « bavette crème-jaune » caractéristique. Là encore, un bon coup d'œil à la gorge et au milieu tranche l'essentiel.

Le comportement sur la caméra : nocturne, solitaire, arboricole
Au-delà de l'anatomie, la caméra saisit quelque chose qu'aucune empreinte ne donne : la manière d'être de l'animal. Et nos deux martres ont chacune leur scénario.
Toutes deux sont essentiellement nocturnes et solitaires. La fouine « se déplace habituellement au sol où elle progresse par bonds », « circule rarement à découvert, préférant longer les haies, les talus ou les fossés ». La martre, elle, est bien plus liée aux arbres : « très agile, [elle] se déplace souvent dans les arbres », grâce à des « griffes acérées [qui] lui permettent de grimper aussi aisément aux arbres que si elle se déplaçait sur la terre ferme ». Une séquence de martre en équilibre sur une branche ou dévalant un tronc est donc plus « martre » que « fouine » — même si la fouine grimpe aussi, à l'occasion. Une nuance de rythme s'y ajoute : la martre « s'active principalement entre le crépuscule et la fin de la nuit », mais « les seuls individus à se déplacer en pleine journée sont généralement les femelles accompagnées de leurs petits ». Une martre filmée de jour, escortée de jeunes, est une petite pépite : la preuve d'une reproduction sur place.
Il y a mieux encore que l'espèce : la caméra peut identifier l'individu. Chaque martre porte, sous le menton et sur le poitrail, une bavette « au motif unique, qui fonctionne comme une empreinte digitale ». À première vue toutes les bavettes se ressemblent, « mais un examen attentif révèle des marques propres à chacune » — des taches de poils bruns au milieu de la zone claire, des dessins différents sur le pourtour. En comparant patiemment ces motifs d'une image à l'autre, on confirme quel animal précis est repassé — la technique qu'on emploie de longue date pour les tigres et les léopards, plus rarement pour d'autres animaux. Et cette identification tient même la nuit : NatureSpy montre une bavette « mise en correspondance entre une séquence en noir et blanc et une séquence de jour » pour le même individu. C'est là que la forme de la bavette prend sa revanche sur la couleur : ce que l'infrarouge efface en teinte, il le préserve en dessin.
Ce que l'infrarouge efface en couleur, il le garde en dessin : la bavette d'une martre est une empreinte digitale, lisible même sur un cliché nocturne.
Quand la caméra peine : le cas des petits mustélidés

Si, après avoir additionné la bavette, la truffe, le pelage, l'habitat et l'empreinte, il vous reste un doute, vous êtes en bonne compagnie — c'est exactement le point où la science cesse de se fier à l'œil. Mais avant même l'identification se pose un problème plus terre à terre pour qui traque les petits mustélidés : les détecter tout court.
Le capteur d'une caméra de faune, un détecteur infrarouge passif, est réglé pour un chevreuil ou un renard, pas pour une belette. Comme le résume une étude parue en 2024, les caméras « ont tendance à manquer les espèces de petite taille et rapides, à cause de la sensibilité du capteur infrarouge passif ». Une martre ou une fouine, animal de taille moyenne, déclenche sans peine ; une hermine ou une belette peut filer à quelques mètres de l'objectif sans jamais réveiller le capteur — d'autant que « les caméras n'ont qu'un champ de vision relativement étroit ».
D'où des montages spécialisés, pensés pour ce problème. La même étude a comparé une caméra classique fixée à un arbre à un dispositif fermé — la « Mostela », une caméra et un tunnel de suivi enfermés dans une boîte que le petit mustélidé traverse. La probabilité de détection de la belette est passée de 0,2 avec la caméra sur arbre à 0,8 avec la boîte fermée — soit, « en moyenne, quatre fois plus ». Un travail néerlandais de 2025 confirme et affine : pour la belette, l'hermine et le putois, les caméras entièrement fermées relèvent nettement mieux la détection, et « placer les caméras près des passages obligés augmente la probabilité de détection pour les trois espèces » — avec cette finesse que les leurres olfactifs « profitent à la belette, mais pas à l'hermine ni au putois ». La leçon pour le terrain : si vous ciblez les petits mustélidés, la caméra ordinaire posée en plein n'est pas l'outil ; visez les passages étroits, et pensez à un dispositif fermé.
Pour la martre et la fouine, en revanche, une caméra classique convient très bien — le défi n'est pas de les détecter, mais d'obtenir la bonne image. Ces animaux étant discrets et peu fréquents, un appâtage léger aide à les faire venir et à les retenir devant l'objectif : un œuf, un peu de beurre de cacahuète placés « au centre du cadre, là où la mise au point est la plus nette ». Mieux : en plaçant l'appât « plus haut », on incite la martre à « tendre le cou ou à se dresser sur ses pattes arrière pour exposer sa bavette » — exactement la pose qu'il faut pour lire son motif individuel. Un détail qui rappelle à quel point la martre est difficile à suivre : lors d'un inventaire dans la forêt de Dean, quinze paires de caméras réparties sur 74 emplacements pendant quatre mois n'ont détecté la martre qu'à « trois reprises, sur deux sites seulement ». Une grille lâche ne suffit pas pour un animal aussi rare et discret.
Avec le volume d'images que génère une campagne sur des animaux nocturnes et fugaces, le goulot d'étranglement se déplace du terrain vers l'écran : des milliers de photos, en immense majorité vides ou sans l'espèce cherchée, qu'il faut passer en revue une à une.
Apprendre à lire une bavette fourchue, une truffe rose, un duvet clair qui perce sous la fourrure, c'est au fond une petite façon de mieux regarder le bois. Et sur un couple d'espèces qui a trompé Linné, mieux regarder est déjà beaucoup.
Questions fréquentes
Quelle est la principale différence entre la martre et la fouine ?
La bavette. Chez la martre elle est crème, jaunâtre ou orangée, arrondie, cantonnée à la gorge et au poitrail, et ne descend pas ou peu sur les pattes. Chez la fouine elle est blanche, souvent fourchue, et se prolonge sur les membres antérieurs. C'est le critère le plus cité, même s'il n'est pas infaillible à lui seul.
Comment les distinguer sur une photo nocturne en noir et blanc ?
Ne vous fiez pas à la couleur : sous l'infrarouge, le blanc de la fouine et le crème de la martre se ressemblent trop. Regardez la forme de la bavette (fourchue vers les pattes = fouine), les proportions du corps, la truffe (rose chez la fouine, brune chez la martre) et, si vous avez de la vidéo, la façon de se déplacer et de grimper.
Peut-on savoir l'espèce rien qu'à l'endroit de la photo ?
Cela oriente beaucoup, mais ne clôt pas le cas. La martre est forestière et fuit l'homme ; la fouine est généraliste et fréquente greniers, granges, roquedos et villages. Mais la recherche récente montre que la martre est moins farouche du bâti qu'on ne le croyait : une martre vue près d'une maison n'est pas forcément une fouine.
En quoi leurs empreintes diffèrent-elles ?
Les deux ont cinq doigts (contre quatre chez le chien ou le renard). La martre a la plante du pied poilue, donc sa trace sort estompée, les contours effacés ; la fouine a la plante nue, donc une empreinte plus nette avec les ongles marqués. Mais les deux empreintes restent « très similaires » : utiles pour écarter un canidé, moins pour trancher martre contre fouine.
Pourquoi sont-elles si difficiles à séparer, même pour les spécialistes ?
Parce qu'elles se ressemblent énormément — au point d'être surnommées « espèces jumelles » et de n'avoir pas été distinguées par Linné. Sur une étude italienne, deux fouines diagnostiquées à l'œil et à l'os se sont révélées génétiquement être des martres. Pour les recenser là où elles cohabitent, on recourt à l'ADN des crottes, indistinguables par la morphologie ; la méthode réussit dans environ 88 % des cas.
Pourquoi ma caméra ne détecte-t-elle jamais les belettes ou les hermines ?
Parce que le capteur infrarouge passif est réglé pour des animaux plus gros et « a tendance à manquer les espèces petites et rapides ». Une belette peut passer à quelques mètres sans déclencher. Pour les petits mustélidés, mieux vaut viser les passages étroits et utiliser un dispositif fermé (type boîte à tunnel), qui multiplie la détection.